Une empreinte carbone qui ne s’arrête pas au chantier

L’impact climatique de ce projet ne se limite pas à la surface qu’il occupera. Il faut considérer la construction du stade et des parkings, mais aussi leur fonctionnement pendant des décennies et les milliers de déplacements générés à chaque rencontre.

L’UEFA elle-même considère, dans sa méthodologie de calcul de l’empreinte carbone du football, que doivent notamment être prises en compte la mobilité des spectateurs, mais aussi les consommations des infrastructures : énergie, électricité, chauffage, eau, déchets, etc.

Plus de 10 hectares aménagés

D’après les surfaces actuellement disponibles, on compterait approximativement :

  • 49 400 m² pour l’emprise liée au stade ;

  • 55 653 m² pour les différents parkings.

Soit au total environ 105 000 m², ou 10,5 hectares, pour le stade et son stationnement.

À ce stade, nous ne disposons cependant pas des métrés précis de béton, d’acier, d’asphalte, de granulats ni des terrassements prévus. Il est donc impossible d'établir aujourd'hui un bilan carbone exact du chantier.

Sur la base de ces surfaces approximatives et de ratios génériques de construction et d’aménagement, une première estimation de travail situe néanmoins la construction du stade et de ses parkings dans une fourchette de plusieurs milliers de tonnes de CO₂e, avec un ordre de grandeur central autour de 10 000 tonnes de CO₂e.

Ce chiffre doit être considéré pour ce qu’il est : une estimation destinée à mesurer l’ordre de grandeur, et non le bilan carbone officiel du projet. Seule la connaissance des quantités réelles de béton, d’acier, de revêtements et des travaux permettra de l’établir précisément. L’UEFA a d’ailleurs développé depuis 2025 une méthodologie spécifique pour comptabiliser le carbone incorporé dans la construction des infrastructures de football.

Et cette estimation ne tient pas compte de l’impact climatique supplémentaire lié au déboisement annoncé d’environ 4 900 m², ni de la perte de stockage futur du carbone par ces arbres.

10 000 tonnes de CO₂ : qu’est-ce que cela représente ?

Pour rendre ce chiffre compréhensible, on peut le comparer à un déplacement que chacun visualise facilement : un voyage en avion Bruxelles–New York.

Les facteurs gouvernementaux britanniques 2026 donnent environ 63,2 g de CO₂ par passager-kilomètre pour un vol long-courrier en classe économique, avant correction de distance et prise en compte des effets climatiques non liés directement au CO₂. La méthodologie recommande une majoration de 8 % de la distance et fournit également un scénario intégrant un multiplicateur de 1,7 pour ces effets climatiques supplémentaires.

Avec ces hypothèses, un aller-retour Bruxelles–New York pour une famille de quatre personnes représente un ordre de grandeur d'environ 5,5 tonnes d'impact climatique.

10 000 tonnes correspondent donc à environ 1 800 allers-retours Bruxelles–New York pour une famille de quatre personnes.

Et cela uniquement pour donner une échelle à l'empreinte potentielle de la construction.

Et ensuite, il faut faire fonctionner le stade

Une fois construit, le compteur carbone ne revient évidemment pas à zéro.

Éclairage du terrain et des tribunes, chauffage, ventilation, vestiaires, eau chaude, écrans, sonorisation, locaux techniques, restauration, pompes et équipements divers consomment de l'énergie à chaque rencontre et tout au long de l'année.

Une étude scientifique réalisée sur le Dacia Arena d'Udine montre par exemple que le seul éclairage des jours de match représente environ 60 000 kWh d'électricité par an dans ce stade. Elle met également en évidence l'importance des besoins de chauffage et de refroidissement des espaces du stade.

Pour un stade de 8 000 spectateurs, et faute de connaître les équipements énergétiques qui seront réellement installés à Marche-en-Famenne, retenir provisoirement quelques tonnes de CO₂e par grande rencontre pour l'énergie et le fonctionnement du site constitue donc un ordre de grandeur prudent.

Nous retiendrons ici environ 2 à 5 tonnes de CO₂e par match, avec toutes les réserves nécessaires.

Mais ce n'est probablement pas là que se situera le principal impact.

8 000 spectateurs : combien de voitures ?

Pour un match complet de 8 000 personnes, prenons deux hypothèses volontairement simples.

Dans un scénario relativement favorable, 80 % des spectateurs viennent en voiture, avec en moyenne 2,5 personnes par véhicule : cela représente déjà environ 2 560 voitures.

Dans un scénario très automobile, avec deux personnes par voiture, on arrive à 4 000 voitures.

Même avec environ 1 500 places de stationnement annoncées autour du complexe, cela laisserait donc potentiellement plus de 1 000 à 2 500 voitures à stationner ailleurs.

Le recours au parking du WEX et à des navettes ne fait pas disparaître ces véhicules du bilan carbone.

Une voiture stationnée au WEX a d'abord dû rouler jusqu'à Marche-en-Famenne. Ensuite seulement ses occupants montent dans une navette pour rejoindre le stade. Le parking relais peut donc contribuer à éloigner une partie des voitures des abords immédiats du stade, mais il ne supprime pas les kilomètres parcourus pour venir assister au match.

C'est précisément pour cette raison que la méthodologie carbone de l'UEFA comptabilise la mobilité des spectateurs parmi les émissions liées au football.

Entre 20 et 35 tonnes rien que pour les voitures

Prenons, à titre d'hypothèse, une distance moyenne assez modérée de 50 km aller-retour par voiture.

Avec environ 2 560 voitures, on obtient un ordre de grandeur de 21 tonnes de CO₂e par rencontre.

Avec 4 000 voitures, environ 33 tonnes de CO₂e.

Il faut ensuite ajouter les navettes entre le WEX et le stade pour plusieurs milliers de personnes, soit encore approximativement 1 à 2 tonnes selon leur remplissage, leur motorisation et la distance parcourue.

On arrive ainsi à environ 22 à 35 tonnes de CO₂e pour la seule mobilité des spectateurs lors d'un match complet, selon les hypothèses retenues.

Jusqu'à 40 tonnes de CO₂e pour une seule soirée de football

En ajoutant prudemment :

mobilité des spectateurs : environ 22 à 35 tonnes

+ fonctionnement du stade pendant la rencontre : environ 2 à 5 tonnes

on obtient un ordre de grandeur d'environ :

25 à 40 tonnes de CO₂e pour un seul match à forte affluence.

Et encore, nous ne comptons pas ici précisément les déplacements des équipes, arbitres, personnel, forces de l'ordre, fournisseurs, techniciens, livraisons et autres intervenants.

Pour rendre ce chiffre plus concret :

un seul match pourrait représenter l'équivalent climatique d'environ 4 à 7 allers-retours Bruxelles–New York pour une famille de quatre personnes.

Pas sur une saison.

Pour une seule rencontre.

Et sur une année ?

Si l'on prend simplement 20 grandes rencontres ou manifestations par an, avec une fréquentation et une mobilité comparables, cela représenterait approximativement :

500 à 800 tonnes de CO₂e par an, uniquement pour ces journées de forte affluence.

Cela équivaudrait à environ 90 à 145 familles de quatre personnes effectuant chaque année un aller-retour Bruxelles–New York.

Et cette estimation ne comprend toujours pas nécessairement toute la consommation du complexe les jours sans match : maintien des installations, chauffage, ventilation, entretien, bureaux, équipements techniques, entretien du terrain, éclairage de sécurité, etc.

L'empreinte se répéterait ainsi année après année pendant toute la durée de vie du complexe.

On demande la sobriété aux citoyens. Et pour les grands projets ?

C'est probablement là que se situe l'une des contradictions les plus difficiles à comprendre.

Tout au long de l'année, les citoyens sont invités à réduire leur empreinte carbone : moins rouler, mieux isoler leur maison, réduire leur chauffage, limiter certains déplacements, économiser l'électricité, consommer autrement, réfléchir avant de prendre l'avion…

Chacun est appelé à faire sa part.

Mais pendant que l'on demande ces efforts quotidiens à des dizaines de milliers de citoyens, pourrait-on parallèlement autoriser la construction d'un équipement de loisir de plus de 10 hectares, nécessitant des milliers de tonnes de matériaux et susceptible de générer plusieurs milliers de déplacements automobiles à chaque grande rencontre ?

La question n'est pas de prétendre que le football serait inutile ni de culpabiliser ceux qui aiment ce sport.

La question est celle de la cohérence collective.

Pourquoi la sobriété devrait-elle essentiellement se traduire par une accumulation de petits efforts individuels, tandis que des décisions d'aménagement beaucoup plus lourdes pourraient continuer à générer, d'un seul trait, des quantités considérables de CO₂ ?

Il y a également une question d'équité.

On ne peut pas demander en permanence la sobriété aux ménages tout en considérant que les grands projets de loisirs, consommateurs d'espace, de matériaux, d'énergie et de mobilité, échapperaient à cette même exigence simplement parce qu'il existe un public disposé à les financer et à les fréquenter.

Les efforts environnementaux concernent tout le monde. Les choix d'aménagement devraient donc, eux aussi, être soumis au même niveau d'exigence.

La lutte contre le changement climatique ne peut pas s'arrêter à la porte des grands projets.

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