Impact sur l’eau — Un stade construit au-dessus d’une nappe vulnérable

Le problème de l’eau ne se limite pas à quelques bassins de rétention ou à des parkings dits « infiltrants ». Sous le futur stade circule une nappe phréatique, et le Plan d’Eau de la Famenne, situé à environ 227 mètres du projet, est une résurgence de cette nappe. Le secteur est en outre identifié comme vulnérable aux nitrates.

La carte hydrogéologique officielle Aye–Marche-en-Famenne 54/7-8 du Service public de Wallonie confirme la sensibilité hydrogéologique de cette zone. (ediwall.wallonie.be)

Le stade se trouve en amont de la résurgence

Les coordonnées précises placent le futur stade à l’ouest de l’étang, avec un écoulement souterrain probable globalement d’ouest vers l’est / est-nord-est, c’est-à-dire du secteur du stade vers la résurgence.

Cela signifie que les travaux ne se dérouleront pas simplement « près d’un étang » : ils interviendront vraisemblablement en amont de son alimentation souterraine.

Dans ce contexte, des terrassements importants, des fondations profondes, des pieux, des drains ou un éventuel rabattement de nappe peuvent modifier localement la circulation de l’eau souterraine.

Les pieux ne vont évidemment pas « percer » la nappe comme un réservoir. Le risque est ailleurs : modifier, détourner ou abaisser les écoulements qui alimentent naturellement la résurgence.

L’étang peut être directement affecté

Puisque le Plan d’Eau est alimenté par la nappe, une baisse de celle-ci ou un détournement de ses écoulements réduit l’arrivée d’eau vers la résurgence.

Si les travaux nécessitent des pompages importants ou interceptent une partie des circulations souterraines, le niveau de l’étang peut baisser. Dans une situation plus importante, un assèchement partiel ou temporaire ne peut pas être exclu.

C’est un mécanisme hydrogéologique bien connu : lorsque l’on abaisse une nappe qui alimente une source, un étang ou une zone humide, on réduit également l’eau disponible pour ces milieux.

On peut modifier un plan de construction. On ne remet pas facilement une circulation souterraine en place après l’avoir perturbée.

Et ce n’est pas seulement l’étang : la zone humide des castors est concernée

À proximité immédiate se trouve également une zone humide fréquentée par des castors. Sa présence est déjà documentée sur le secteur.

Or une zone humide dépend directement de son alimentation en eau.

Si le niveau de la nappe baisse, si certaines circulations sont détournées ou si le drainage du secteur est modifié, cette zone humide changera elle aussi : baisse du niveau d’eau, assèchement de certaines parties, modification de la végétation et dégradation progressive de l’habitat utilisé par les castors, les amphibiens, les oiseaux et toute la faune associée.

On ne parle donc pas d’un simple étang isolé.

Il existe ici un véritable système : nappe phréatique, résurgence, plan d’eau, zone humide et habitat des castors. Toucher à l’un peut affecter l’ensemble.

Des hectares artificialisés au-dessus de cette nappe

À ce risque souterrain s’ajoutera ce qui se passera en surface.

Stade, toitures, voiries et plus de 1 500 places de stationnement transformeront profondément la manière dont l’eau circule. Là où les sols naturels et forestiers absorbent, retiennent et filtrent progressivement la pluie, les surfaces aménagées concentreront les écoulements vers des drains, des noues et des bassins.

Ces équipements ne compensent pas la destruction du fonctionnement naturel du sol : ils deviennent nécessaires précisément parce que le projet l’aura profondément modifié.

Et l’eau qui ruissellera sur des milliers de places de stationnement et des voiries récupérera hydrocarbures, particules de pneus, poussières, mégots et autres polluants avant de rejoindre les dispositifs d’évacuation ou d’infiltration.

Dans un secteur où la nappe est vulnérable, faire infiltrer des eaux provenant de surfaces fortement artificialisées impose une prudence maximale.

Un terrain synthétique au-dessus d’une nappe

Le choix d’une pelouse synthétique ajoute une autre source de pollution potentielle.

L’usure des fibres et des matériaux de remplissage libère progressivement des particules qui peuvent être entraînées par l’eau de pluie et les systèmes de drainage vers les sols et les eaux. Ce risque de dispersion de microplastiques et de substances issues des matériaux synthétiques est déjà identifié.

Le problème est suffisamment sérieux pour que l’Union européenne ait adopté une restriction qui interdira la mise sur le marché des granulats polymères de remplissage des terrains synthétiques à partir d’octobre 2031.

Installer aujourd’hui un terrain synthétique au-dessus d’une nappe vulnérable qui ressort quelques centaines de mètres plus loin dans un étang est un choix pour le moins difficile à comprendre.

Et il faudra gérer les rejets de milliers de personnes

À chaque grande rencontre, jusqu’à 8 000 personnes utiliseront en quelques heures sanitaires, restauration et équipements du complexe. À cela s’ajouteront toute l’année l’hôtel, la brasserie, le padel, le personnel et les autres activités.

Le réseau d’assainissement devra donc absorber des pics importants pendant des décennies.

Et tout ne finira pas dans les égouts. Canettes, gobelets, nourriture, mégots et emballages abandonnés sur les parkings ou les cheminements seront inévitablement entraînés par le vent et la pluie vers les fossés, avaloirs et eaux de ruissellement.

L’eau n’est pas un risque que l’on peut se permettre de prendre

Le Code wallon de l’Eau impose précisément de prévenir la détérioration des eaux souterraines et de protéger les milieux qui en dépendent.

Or ce projet concentrera au même endroit fondations profondes, terrassements, artificialisation massive, parkings, drainage, milliers de véhicules, terrain sportif et fréquentation de plusieurs milliers de personnes, juste en amont d’une résurgence et d’une zone humide.

La question n’est donc pas simplement :

« Où seront construits les bassins ? »

La véritable question est :

Pourquoi prendre le risque de modifier ou de polluer une nappe phréatique qui alimente directement un étang et une zone humide fréquentée par des castors, alors que ce stade peut être implanté ailleurs ?

Un stade se déplace. Une nappe perturbée, une résurgence tarie ou une zone humide asséchée ne se reconstruisent pas sur commande.

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