Impact mobilité — Une mobilité déjà sous pression… et des milliers de voitures en plus
Présenter la mobilité comme un problème que quelques parkings, navettes ou stewards suffiront à régler ne correspond pas à la réalité du terrain.
Marche-en-Famenne sait déjà que son réseau routier est sous pression. Son propre Plan communal de mobilité vise à diminuer les charges de trafic, empêcher le transit par les quartiers et les villages et agir sur une accidentologie jugée préoccupante. La N4 fait partie des axes sur lesquels la Ville relève de nombreux accidents.
Et nous savons déjà ce qui se produit lors de grands événements au WEX : les documents communaux parlent eux-mêmes de « congestions importantes » sur son accès et le contournement. Ils constatent également que Waillet supporte déjà régulièrement un trafic de transit venant de Marche et du WEX pour rejoindre la N4. En 2016, le Conseil communal relevait même les problèmes de stationnement sauvage sur la route de Waillet lors de grands événements au WEX.
Et maintenant, on ajouterait un stade de 8 000 personnes
Le projet prévoit plus de 1 500 places de parking. Le chiffre parle de lui-même : lors d'un grand match, ce sont potentiellement plus d'un millier de voitures qui chercheront à rejoindre ou quitter le même secteur dans un laps de temps très court, en plus des cars, navettes, taxis et véhicules qui circulent déjà.
Il n’est donc pas nécessaire d’imaginer un scénario catastrophe pour comprendre le problème : faire converger une telle masse de véhicules vers quelques accès connectés à la N4 produira nécessairement des ralentissements importants. La vraie question que devra trancher l’étude d’incidences sera l’ampleur des files, leur durée, jusqu’où elles remonteront sur la N4 et quelles routes secondaires les automobilistes utiliseront pour tenter de les éviter.
Les observations déjà remises à l’étude soulignent justement que les infrastructures existantes paraissent inadaptées à un tel afflux et que les files risquent de remonter sur la N4. Elles demandent également d’étudier les reports vers Aye, Humain, Waillet, Baillonville et le Clos Saint-Martin.
Plus préoccupant encore, les trajets réels des supporters venant notamment de Rochefort ont été très peu développés lors de la présentation. Les documents des riverains relèvent que les itinéraires automobiles, pédestres et les axes naturels de report sont restés abordés de manière superficielle.
Et la circulation de Marche va déjà fortement évoluer avec le camp militaire
Ce stade n’arrivera pas dans une situation figée.
Le Camp Roi Albert est lui aussi appelé à connaître une croissance considérable. En mars 2026, il a été annoncé que la présence militaire y doublera à terme et que Marche deviendra l’un des plus importants quartiers militaires du pays, avec plus de 4 000 militaires casernés. Le bourgmestre a lui-même indiqué que la mobilité devra être intégrée à cette évolution.
Cela signifie que, même sans le stade, Marche devra déjà absorber dans les prochaines années de nouveaux déplacements quotidiens liés aux militaires, au personnel, aux fournisseurs, aux formations et aux activités du camp. Le volume automobile supplémentaire exact reste à déterminer, mais l'effet cumulé ne peut pas être ignoré.
À cela s’ajoutent le développement du zoning d’Aye, les activités du WEX et les autres projets urbanistiques. D'ailleurs, la Ville a déjà dû étudier des adaptations du réseau autour du WEX parce que le cumul de plusieurs développements pouvait conduire à la saturation des principales branches du giratoire.
Étudier le stade isolément du WEX, du développement du zoning et de l’augmentation massive des effectifs militaires donnerait donc une vision artificiellement rassurante de la mobilité future.
Une barrière et un steward pour permettre aux habitants de rentrer chez eux ?
La solution évoquée lors de la présentation pour protéger notamment l’accès des habitants d’Aye, de Waillet et du Clos Saint-Martin est particulièrement révélatrice : filtrer certains accès à l'aide d'une barrière contrôlée par un steward afin de laisser passer les riverains.
Mais cette réponse traite les derniers mètres du trajet et ignore tout ce qui se passe avant.
À quoi servira la barrière si l’habitant est déjà bloqué dans la circulation sur la N4 ou dans les files menant au carrefour ? Un steward pourra ouvrir une barrière ; il ne pourra pas ouvrir un passage au milieu d’un embouteillage.
Et demander à des habitants de justifier qu’ils ont le droit de rentrer chez eux les jours de match, après avoir subi les mêmes files que les spectateurs, constitue une bien étrange conception de la « solution mobilité ».
Les documents remis dans le cadre de l’étude réclament d’ailleurs des mesures beaucoup plus sérieuses : accès réservés physiquement aux riverains, véritable contrôle du stationnement sauvage et organisation rigoureuse des flux — en précisant expressément qu’« un simple steward » ne constitue pas une réponse suffisante.
Ce que l’étude d’incidences devra montrer, sans minimisation
L’étude ne pourra pas se contenter d’un schéma avec quelques flèches montrant que les voitures entreront d’un côté et sortiront de l’autre.
Elle devra simuler les situations qui poseront réellement problème : stade rempli, arrivée concentrée avant le match, sortie de 8 000 personnes, événement simultané au WEX, augmentation future des activités du camp militaire, saturation d'un parking, stationnement de report et recherche d'itinéraires alternatifs par les applications GPS.
Et surtout, elle devra montrer ce qui arrivera aux Marchois lorsqu'ils voudront simplement circuler chez eux pendant ces périodes.
Le problème n’est pas de savoir s’il y aura des embouteillages : avec une telle concentration de véhicules, il y en aura. La question est de savoir jusqu’où ils s’étendront, combien de temps ils dureront et combien de quartiers et de villages devront en subir les conséquences.
Et réduire cette réalité à quelques navettes, quelques stewards et une petite barrière pour laisser rentrer les riverains n’est pas un plan de mobilité à la hauteur d’un stade de 8 000 places.
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