Un stade de 8 000 places ne mobilisera pas seulement des supporters. Il mobilisera aussi des policiers, des ambulanciers, des pompiers et les urgences de l’hôpital de Marche.
Et pendant ce temps, la vie continuera ailleurs : accidents, incendies, malaises, AVC, infarctus, cambriolages, violences familiales et autres interventions continueront à se produire.
La sécurité du stade ne peut pas se faire au détriment de celle de la population.
Des villages pris derrière les embouteillages
Les jours de forte affluence, des milliers de véhicules convergeront vers la N4 et les accès au stade. Les inquiétudes déjà déposées signalent précisément le risque de files remontant sur la N4 et les difficultés qui en résulteront pour accéder à Aye, Waillet et au Clos Saint-Martin.
Or une ambulance, une autopompe ou une voiture de police empruntera exactement ces mêmes routes.
Un véhicule prioritaire dispose d’une sirène et d’un gyrophare. Il ne dispose pas d’une route parallèle. Lorsque les bretelles sont saturées, que les voitures sont pare-chocs contre pare-chocs et que les carrefours sont bloqués, les possibilités de dégager immédiatement un passage diminuent mécaniquement.
Le problème existe également dans l’autre sens : après avoir pris en charge un patient à Waillet, au Clos Saint-Martin ou à Aye, l’ambulance devra encore retraverser la zone congestionnée pour rejoindre l’hôpital de Marche.
Les documents remis autour du projet soulèvent d’ailleurs explicitement l’accès des ambulances, des pompiers et de la police, non seulement pour le stade mais pour les villages voisins, ainsi que la capacité de l’hôpital de Marche à absorber les besoins supplémentaires.
Un steward et une barrière ne sauveront pas une personne en détresse
Des barrages filtrants et des stewards sont évoqués pour empêcher le trafic de pénétrer dans certaines rues tout en maintenant l’accès des riverains et des services d’urgence.
Mais cette réponse passe complètement à côté du problème principal.
Ouvrir une barrière prend quelques secondes. Atteindre cette barrière au milieu de centaines de voitures bloquées est une autre affaire.
Si une ambulance reste coincée plusieurs centaines de mètres en amont, le fait qu’un steward soit prêt à lever une barrière au bout de la route ne change rien.
Et lorsqu’il s’agit d’un arrêt cardiaque, d’un AVC, d’une détresse respiratoire ou d’un incendie, les minutes perdues ne sont pas une nuisance : elles comptent directement dans les chances de survie ou dans l’ampleur des dégâts.
Un steward peut ouvrir une barrière. Il ne peut pas ouvrir un passage à travers un embouteillage.
Il est difficilement acceptable qu’un habitant en vienne à devoir espérer ne pas avoir besoin du 112 un soir de grand match.
Les policiers affectés au stade ne seront pas ailleurs
Le dispositif d’un match professionnel mobilisera des policiers pour la circulation, les supporters, le maintien de l’ordre, les parkings, les incidents et les abords du stade.
Pendant ces heures-là, chaque policier affecté au stade est un policier qui n’effectue pas simultanément une autre mission ailleurs.
Et le territoire concerné est loin de se limiter à Marche-en-Famenne. La Zone de police Famenne-Ardenne couvre 12 communes, de Durbuy à Vielsalm en passant par Hotton, Houffalize, La Roche, Nassogne et Marche.
La zone doit en permanence assurer l’intervention, l’enquête et la recherche, la police de quartier, l’assistance aux victimes, la circulation et de nombreuses autres missions. Son organisation officielle comporte notamment des directions distinctes consacrées à l’intervention, à l’enquête et à la recherche et au travail de quartier.
Elle assure même des missions préventives comme la surveillance des habitations contre les cambriolages.
Il n’est donc même pas nécessaire d’affirmer que la police locale est officiellement « en sous-effectif » pour voir le problème : les effectifs ne sont pas extensibles.
Quand une partie importante du dispositif est concentrée autour de 8 000 spectateurs, elle n’est pas en train de patrouiller dans les quartiers, de prévenir les cambriolages ou d’intervenir ailleurs sur les douze communes.
Les pompiers et ambulanciers ont déjà toute une province à protéger
Les chiffres officiels de la Zone de Secours Luxembourg donnent également une idée de la réalité du terrain.
La zone couvre les 43 communes de la province de Luxembourg, avec 17 postes de secours. En 2024, elle comptabilise 697 pompiers/ambulanciers et 30 625 interventions, dont 69 % relèvent de l’aide médicale urgente. Cela représente en moyenne 84,1 missions par jour.
En 2026, la Zone constitue encore une réserve de recrutement de sapeurs-pompiers ambulanciers volontaires afin de compléter son cadre opérationnel volontaire. Elle précise elle-même qu’un volontaire doit assurer un niveau de disponibilité suffisant pour permettre à la Zone de remplir ses missions.
Ces chiffres ne signifient pas que les secours ne fonctionnent pas correctement. Ils montrent quelque chose de beaucoup plus important : leurs moyens servent déjà quotidiennement à protéger une province entière et ils ne sont pas illimités.
Chaque grand événement ajoutera des milliers de personnes, une circulation exceptionnelle et des risques supplémentaires à un système qui doit continuer, exactement au même moment, à répondre aux incendies, accidents et urgences médicales du reste de la population.
Les urgences hospitalières sont déjà sous forte pression
Du côté de l’hôpital, il n’est pas nécessaire non plus de forcer le trait : Vivalia le dit elle-même.
Dans son rapport d’activité 2025 publié en 2026, Vivalia cite parmi les difficultés rencontrées la pénurie de personnel soignant.
Le même rapport constate que les services d’urgence restent sous forte pression.
Et cette réalité concerne directement Marche : Vivalia a tourné son documentaire consacré à la pression vécue quotidiennement par les urgentistes dans les services d’Arlon, Bastogne, Libramont et Marche-en-Famenne.
En 2025, l'hôpital de Marche comptabilise par ailleurs 24 827 passages aux urgences et 1 098 sorties SMUR.
C’est sur ce système déjà très sollicité que viendront s’ajouter les besoins d’un stade de 8 000 personnes : malaises, chutes, blessures, alcoolisations, bagarres éventuelles, accidents de circulation et autres urgences liées aux grands rassemblements.
La sécurité du stade ne doit pas devenir le problème de tous les autres
C’est finalement là que se situe l’enjeu.
Le stade sera sécurisé. Mais qui garantira, pendant ce temps, le même niveau de sécurité au reste de la population ?
Parce que les jours de match :
les policiers mobilisés autour du stade ne seront pas ailleurs ;
les ambulances auront les mêmes routes encombrées à emprunter ;
les pompiers devront traverser les mêmes files ;
les urgences de Marche continueront à recevoir leurs patients habituels ;
les habitants de Waillet, du Clos Saint-Martin, d’Aye et de Marche continueront à faire des malaises, avoir des accidents ou subir des incendies comme n’importe quel autre jour.
Et aucune barrière, aucun steward et aucun plan dessiné sur une carte ne changera cette réalité.
Un match de football peut attendre. Un infarctus, un AVC ou une maison qui brûle, non.
La question n’est donc pas seulement de savoir comment protéger 8 000 spectateurs dans le stade. Elle est de savoir pourquoi l’ensemble des Marchois et Somme-Leuzois devrait accepter que ses routes, ses policiers, ses secours et ses urgences soient davantage sollicités pour permettre le fonctionnement d’un projet privé.
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