Le problème n’est pas simplement qu’un stade « fera du bruit ». Le problème est d’implanter un complexe de 8 000 places, actif toute l’année, dans un environnement rural précisément recherché pour son calme.
Beaucoup d’habitants d’Aye, de Waillet, du Clos Saint-Martin et des secteurs voisins ont choisi de vivre ici pour cette tranquillité. Construire ou acheter une maison représente souvent le projet d’une vie : des années de travail, d’épargne, parfois un crédit sur vingt ou trente ans, avec l’espoir légitime de pouvoir ensuite profiter de son jardin, de ses soirées et de ses week-ends.
Ce choix de vie ne peut pas être balayé comme une simple « nuisance de voisinage » au bénéfice d’un projet sportif et commercial.
Ce ne sera pas un match tous les quinze jours
C’est un argument que l’on entend souvent : quelques matchs par mois seraient finalement supportables.
Mais ce n’est pas le projet qui est présenté.
Le complexe fonctionnera toute l’année : matchs, entraînements, huit terrains de padel, hôtel, brasserie, activités sportives, tournois, événements pour entreprises, retransmissions, animations et autres manifestations. Et les rencontres ne se dérouleront pas uniquement le dimanche après-midi : des matchs et événements sont également prévus en soirée et en semaine.
Cela change complètement la réalité.
Le week-end, le bruit arrivera précisément lorsque les habitants voudront profiter de leur maison, de leur terrasse, de leur jardin ou simplement de leur dimanche.
En semaine, il arrivera après une journée de travail, au moment où les familles rentrent chez elles, où les enfants doivent dormir et où chacun aspire au repos.
Le calme ne sera donc plus garanti ni le week-end, ni en soirée, ni même certains jours de semaine.
90 minutes de football… mais plusieurs heures de nuisance
Un match ne commence pas avec le coup d’envoi et ne se termine pas avec le coup de sifflet final.
Avant : arrivée des voitures et des cars, rassemblements, musique, chants, cris, animations.
Pendant : plusieurs milliers de supporters, sonorisation, annonces, chants collectifs, tambours, sifflets et réactions brutales lors des actions de jeu.
Après : sortie simultanée du public, attroupements, voitures, motos, klaxons, célébrations, pétards éventuels et vidage des parkings.
Les documents transmis demandent justement que soient prises en compte ces périodes avant et après les rencontres, souvent oubliées alors qu’elles prolongent considérablement la nuisance.
Un stade de football n’est pas une salle de spectacle
Il n’existe pas en Wallonie de norme acoustique spécifiquement conçue pour le bruit d’une foule dans un stade de football.
Et c’est important.
Le bruit d’un concert ou d’un spectacle provient principalement d’une source amplifiée que l’on peut techniquement régler. Une foule de plusieurs milliers de supporters ne se règle pas avec un bouton.
Un but, une décision arbitrale ou une victoire déclenchent soudainement des milliers de cris simultanés. Les chants, sifflets, tambours et réactions du public sont irréguliers et imprévisibles.
Comparer principalement cette situation à un spectacle musical risque donc de donner une image très imparfaite de ce que les habitants vivront réellement.
On peut diminuer une sonorisation. On ne met pas un silencieux sur 8 000 supporters.
Et ce bruit ne restera pas enfermé dans le stade
Le stade restera ouvert par le haut. Le son s’en échappera et se propagera selon le relief, la température et surtout les vents.
La configuration particulière de Marche-en-Famenne rend cette question essentielle : les observations déjà transmises signalent une propagation possible vers Aye, Waillet et le Clos Saint-Martin, mais également vers Waha, Marloie et d’autres reliefs environnants.
Le bruit ne s’arrêtera pas à la clôture du stade.
À force de se répéter, le bruit atteint la santé et le bien-être
Le bruit environnemental n’est pas une simple contrariété. L’exposition répétée perturbe le sommeil, augmente le stress et la gêne chronique et est associée à différents effets sur la santé, notamment cardiovasculaires.
Mais au-delà même de la médecine, il y a quelque chose de beaucoup plus simple : ne plus pouvoir choisir quand on veut être au calme chez soi.
Fermer ses fenêtres lors d’un match en soirée. Renoncer à manger dehors. Entendre la foule un dimanche après-midi. Être réveillé par le départ des supporters. Recommencer quelques jours plus tard lors d’un événement ou d’une activité différente.
Pris isolément, chacun de ces épisodes pourra être présenté comme « ponctuel ». Additionnés sur une année, puis pendant dix, vingt ou trente ans, ils deviennent une modification profonde du cadre de vie.
La présence de la maison de repos Douce Quiétude rend cette problématique encore plus évidente : le calme, le sommeil et la stabilité sonore y sont particulièrement importants.
La faune et les animaux subiront le même changement
Les chants, cris, klaxons, pétards et mouvements de foule toucheront aussi les oiseaux, les chauves-souris et la faune vivant dans les bois voisins, ainsi que les animaux domestiques et le bétail.
Dans un milieu actuellement calme, introduire régulièrement plusieurs milliers de personnes constitue un changement brutal de l’environnement sonore, qui s’ajoutera à la lumière, à la circulation et à la fragmentation des habitats.
Et pourtant, la tranquillité est déjà considérée comme quelque chose à protéger
C’est tout le paradoxe.
Les règles communales limitent déjà les activités bruyantes susceptibles de troubler anormalement la tranquillité des habitants, y compris en journée et le dimanche. La réglementation wallonne reconnaît également la nécessité de préserver la qualité d’un environnement sonore lorsqu’elle est satisfaisante.
Pourquoi protéger le repos des habitants contre une tondeuse, un haut-parleur ou un tapage… puis accepter d’installer à proximité un équipement capable de rassembler 8 000 personnes ?
Le débat dépasse donc largement quelques valeurs acoustiques calculées sur un ordinateur.
Derrière les décibels, il y a des vies
Les promoteurs pourront parler de matériaux absorbants, d’orientation des haut-parleurs, de procédures, de contrôles ou de mesures correctrices.
Mais aucune mesure technique ne supprimera le fait essentiel :
des milliers de personnes feront du bruit dans un endroit où elles ne sont pas aujourd’hui. Et ce bruit reviendra semaine après semaine, le soir, en semaine et pendant les week-ends.
Pour ceux qui vivent ici, leur maison n’est pas une variable dans un dossier immobilier. C’est souvent le résultat de toute une vie de travail et le lieu où ils ont choisi de construire leur avenir.
Il est difficilement acceptable que cette tranquillité soit durablement dégradée pour permettre le développement d’un projet privé, aussi ambitieux soit-il, alors que le même équipement peut être envisagé dans un endroit où son impact sur la population sera beaucoup plus faible.
Un stade peut changer d’emplacement. Les habitants, eux, ne peuvent pas déplacer la maison dans laquelle ils ont investi une vie entière.
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