Impact sur Marche — Le stade sera privé, les débordements seront pour la ville
Un stade de 8 000 places ne s’arrête pas à ses grilles. Avant et surtout après les matchs, des milliers de supporters se retrouveront sur les routes, dans les parkings, à la gare, dans les cafés et dans le centre de Marche-en-Famenne.
Une victoire se fête immédiatement. Une défaite, un arbitrage contesté ou un match à forte rivalité créent d’autres tensions. Les supporters ne vont pas attendre d’être revenus à Rochefort, Liège, Bruxelles ou ailleurs pour exprimer leur joie ou leur colère.
Marche deviendra donc, elle aussi, une partie de l’après-match.
Quand le football déborde, il déborde dans les villes
Il ne faut pas présenter les incidents liés au football comme une hypothèse extravagante. En Belgique, le SPF Intérieur a encore recensé 1 194 procès-verbaux pour infractions à la loi football pour la saison 2023-2024, et les sanctions restent suffisamment nombreuses pour que les autorités fédérales parlent explicitement de violences « dans et autour des stades ».
Les événements récents à Bruxelles ont également montré que des violences liées à un match peuvent se déplacer bien au-delà de l’enceinte sportive, jusque dans les rues, les transports, les commerces et les quartiers de la ville.
Cela ne signifie évidemment pas que chaque rencontre donnera lieu à une émeute.
Mais avec 8 000 personnes, il suffit d’une petite minorité pour transformer un après-match en problème majeur.
Et l’Union Rochefortoise connaît déjà cette réalité
Ce point est d’autant plus difficile à éluder qu’il existe déjà un précédent directement lié au club.
En janvier 2025, plusieurs membres des Roch’Boys, groupe de supporters de l’Union Rochefortoise, étaient interdits de stade, au point que le groupe annonçait sa mise en sommeil.
Il ne s’agit pas d’accuser l’ensemble des supporters de Rochefort. Ce serait injuste.
Mais il est tout aussi difficile d’entendre aujourd’hui que tout sera parfaitement maîtrisé demain dans une enceinte de 8 000 places, alors que des interdictions de stade ont déjà dû être prononcées autour du club dans son environnement actuel, dont l’échelle n’a rien de comparable.
Si des problèmes de supporters apparaissent déjà aujourd’hui, prétendre qu’ils deviendront plus simples à gérer en multipliant massivement la fréquentation relève d’un optimisme pour le moins inquiétant.
Pour Marche : bruit, déchets, surveillance et dégradations
Après les rencontres, la ville devra absorber les chants, klaxons, rassemblements, déchets et circulation supplémentaires.
Canettes, bouteilles, gobelets, emballages et mégots ne resteront pas gentiment autour du stade. Ils suivront les itinéraires empruntés vers les parkings, la gare, les cafés et le centre-ville. La dispersion de déchets en dehors du complexe fait partie des impacts déjà identifiés autour des flux de spectateurs.
Et lorsqu’un incident plus sérieux surviendra, ce seront les rues de Marche, son mobilier urbain, ses commerces, ses véhicules et ses habitants qui seront exposés, pas les plans et les simulations présentés avant la construction.
Le lendemain matin, la fête sera terminée.
Les déchets et les dégâts, eux, seront toujours là.
Et les riverains seront aux premières loges
Avant d’atteindre Marche, une partie de cette agitation se déroulera évidemment autour du stade.
Pour les habitants d’Aye, de Waillet et du Clos Saint-Martin, cela signifie vivre régulièrement avec des flux inhabituels devant leur environnement immédiat : groupes de supporters, véhicules, cris, klaxons, pétards éventuels et personnes qui chercheront à stationner ou à rejoindre leurs véhicules.
Le problème n’est même pas uniquement la dégradation matérielle.
C’est le sentiment de ne plus être totalement tranquille chez soi.
Entendre un groupe approcher tard le soir. Aller vérifier son portail ou sa voiture. S’inquiéter parce que les enfants sont dehors. Découvrir des bouteilles ou des canettes dans son jardin. Se demander, lors d’un match tendu, ce qui se passera à la sortie.
Même lorsqu’il ne se passe « rien de grave », vivre régulièrement avec cette appréhension use les nerfs et détruit précisément la tranquillité pour laquelle beaucoup ont choisi cet endroit.
Un conseil très concret : vérifiez vos assurances
Et puisqu’on nous expliquera probablement que les éventuels dégâts seront « assurés », autant regarder les contrats avant que le problème ne se pose.
En Belgique, une simple assurance RC automobile ne rembourse pas le vandalisme subi par son propre véhicule. La plupart des mini-omniums ne couvrent pas non plus les actes de vandalisme sur la carrosserie ; cette protection relève généralement de l’omnium complète. Le bris des vitres automobiles bénéficie souvent d’une couverture distincte.
Pour les habitations, le bris de vitrage est généralement couvert par l’assurance incendie, mais la couverture plus large contre le vandalisme dépend du contrat, et franchises et conditions peuvent s’appliquer.
Autrement dit : chacun a intérêt à vérifier dès maintenant ce que son assurance couvre réellement pour une voiture griffée ou cabossée, une clôture détériorée, un portail endommagé ou une vitre cassée.
Car même assuré, un sinistre signifie encore déclaration, photos, plainte éventuelle, expertise, franchise, réparations et immobilisation.
Et tout cela pour un événement auquel l’habitant n’a même pas participé.
Le stade sera privé. Ses conséquences ne le seront pas.
C’est finalement toute l’absurdité de la situation.
Les recettes du stade, de l’hôtel, de la brasserie et des événements profiteront à leurs exploitants.
Mais lorsque 8 000 personnes sortiront de l’enceinte, les rues, les parkings, la gare, les quartiers et le centre de Marche deviendront le prolongement de l’événement.
La police devra surveiller.
Les services devront nettoyer.
Les commerçants devront protéger leurs établissements.
Les habitants devront supporter les nuisances.
Et les victimes d’éventuelles dégradations devront se débrouiller avec leurs assurances.
On peut sécuriser les tribunes avec des grilles et des stewards. On ne mettra pas Marche-en-Famenne sous cloche à chaque coup de sifflet final.
Le match durera 90 minutes. Pour Marche et ses habitants, l’après-match commencera précisément lorsqu’il sera terminé.
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