BIODIVERSITÉ ET FORÊT : POURQUOI DÉTRUIRE ICI CE QUE L’ON CHERCHE À RESTAURER AILLEURS ?

La biodiversité n’est pas une question accessoire. Elle participe directement à notre capacité à faire face aux dérèglements climatiques : les arbres rafraîchissent l’air, stockent du carbone, retiennent l’eau, ralentissent le ruissellement et protègent les sols. Les canicules, sécheresses et inondations de ces dernières années montrent précisément pourquoi les bois qui subsistent doivent aujourd’hui être considérés comme un patrimoine à préserver, et non comme une réserve foncière disponible.

La forêt qui borde le futur stade est un massif ancien, installé depuis plusieurs décennies, avec des secteurs boisés anciens reconnus dans les documents mêmes du projet. Elle abrite déjà une faune et une flore diversifiées : amphibiens, castors, chauves-souris, oiseaux et autres espèces protégées ou sensibles ont été signalés dans le secteur. Des observations naturalistes existent déjà et devront être complétées par des inventaires réalisés aux saisons appropriées.

Cette destruction paraît d’autant plus difficile à comprendre qu’au même moment, l’Europe demande exactement l’inverse. Le Règlement européen 2024/1991 sur la restauration de la nature, applicable depuis août 2024, vise à restaurer les écosystèmes dégradés et à renforcer leur résilience face au changement climatique. Il prévoit notamment l’absence de perte nette des espaces verts et du couvert arboré urbains d’ici 2030, une augmentation progressive ensuite, ainsi qu’une contribution à la plantation de trois milliards d’arbres supplémentaires dans l’Union d’ici 2030. Le texte souligne lui-même le rôle des arbres et espaces verts dans le refroidissement, la limitation du ruissellement et l'adaptation au changement climatique.

Alors que partout on cherche à restaurer la nature et à renforcer le couvert arboré, Marche ferait ici le choix de supprimer une partie d’un massif existant pour permettre l’implantation d’un stade de football et de ses infrastructures annexes. Et cela pour accompagner les ambitions sportives d’une équipe rochefortoise dont l’accession aux divisions supérieures reste, par définition, incertaine.

Le précédent de Rochefort mérite d’ailleurs d’être rappelé. Avant le projet actuel, de nouvelles infrastructures footballistiques avaient été envisagées au chemin de Behotte, entre Rochefort et Éprave. La Ville de Rochefort écrit elle-même dans son rapport de politique générale que ce site n’a pas pu être retenu en raison de « trop nombreuses contraintes environnementales ». Le projet footballistique n’a pas été abandonné pour autant : un autre emplacement a été recherché.

Cela pose une question simple :

SI DES CONTRAINTES ENVIRONNEMENTALES ONT JUSTIFIÉ L’ABANDON D’UN SITE À ROCHEFORT, POURQUOI LA BIODIVERSITÉ DE MARCHE-EN-FAMENNE SERAIT-ELLE MOINS DIGNE D’ÊTRE PRÉSERVÉE ?

Et l’impact ne se limitera pas au nombre d’arbres effectivement abattus. Supprimer une lisière dégrade aussi la forêt qui reste. Des arbres et des organismes jusque-là protégés par le couvert forestier seront brutalement davantage exposés au soleil, au vent, aux températures élevées et à une baisse de l’humidité. C’est ce que les écologues appellent l’effet de lisière. Les études montrent que ces modifications du microclimat peuvent pénétrer de plusieurs dizaines de mètres à l’intérieur d’un massif et modifier les conditions nécessaires aux mousses, lichens, champignons, plantes forestières et animaux dépendant d’un milieu frais et humide.

Cette question est d’autant plus importante que le massif forestier concerné se prolonge vers des espaces protégés, dont Natura 2000. Il ne suffira donc pas de comptabiliser 4 900 m² de forêt supprimée : il faudra déterminer quelle superficie du bois restant subira indirectement les effets de cette nouvelle lisière, mais aussi ceux de la lumière, du bruit, du trafic et de la fréquentation humaine.

Enfin, comment parler réellement de « compensation » pour un tel milieu ? On peut planter de jeunes arbres ailleurs. On ne recrée pas en quelques années un sol forestier, ses champignons, ses lichens, ses cavités, ses mares, ses chaînes alimentaires et toutes les interactions qui se sont constituées pendant des décennies.

ON PEUT REPLANTER DES ARBRES. ON NE REPLANTE PAS PLUSIEURS DÉCENNIES DE BIODIVERSITÉ. ET AVANT DE DÉTRUIRE UN MILIEU NATUREL POUR UN LOISIR QUI NE CONCERNE QU’UNE PARTIE DE LA POPULATION, LA QUESTION DEVRAIT ÊTRE SIMPLE : N’EXISTE-T-IL VRAIMENT AUCUN ENDROIT OÙ LE PROJET POURRAIT S'IMPLANTER SANS NUIRE À L'ENVIRONNEMENT ET À LA BIODIVERSITÉ ?

ENVIRONNEMENT

Autour du site de la Tour de la Famenne, les observations révèlent une biodiversité particulièrement riche. Certaines espèces recensées sont protégées, d’autres sont devenues rares à l’état sauvage : orchidées sauvages, Aculepeira ceropegia, castors, poirier sauvage, bermudiennes, cardère velue, lézard vivipare, escargot de Bourgogne, Milan royal, Bondrée apivore, papillons et plusieurs espèces de chauves-souris…

DANS LES BOIS DERRIÈRE LA TOUR DE LA FAMENNE VIT AUSSI UNE PETITE STAR :

LA RAINETTE ARBORICOLE.

Une petite grenouille réintroduite depuis 2022 dans nos bois et qui a commencé à se reproduire en 2024. Au-delà de son aspect sympathique, la rainette verte est une véritable espèce parapluie de la biodiversité. Très sensible à la qualité de l’eau, des haies, des mares et à la continuité entre ses habitats, elle constitue un excellent bio-indicateur de la qualité écologique d’un territoire et du bon fonctionnement de son réseau écologique.

La réintroduction de cette espèce disparue depuis 40 ans et le maintien de la Rainette Verte dans nos bois est une belle victoire de NATAGORA.

Et nous avons le privilège d'abriter cette espèce qui a été présentée à la RTBF au JARDIN EXTRAORDINAIRE avec Tanguy Dumortier.

Et donc, après des années d’efforts pour réimplanter la rainette verte, restaurer ses habitats et reconnecter les milieux naturels… on prendrait le risque de tout fragiliser pour construire un stade de football !?!

En 2026, face au climat, aux sécheresses, aux canicules, aux inondations, à l’effondrement de la biodiversité, peut-on encore justifier un tel choix aujourd’hui ?

POUR UN STADE DE FOOT ?

Cherchez l’erreur.

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