Impact financier - « Fonds privés » ne veut pas dire « zéro euro public »
C’est probablement l’argument qui sera répété le plus souvent pour rassurer les Marchois :
« Le stade sera financé sur fonds privés, donc il ne coûtera rien à la population. »
C’est faux par raccourci.
Nicolas Lhoist annonce effectivement un investissement d’environ 45 millions d’euros financé sur fonds propres pour réaliser le complexe.
Mais construire le stade est une chose.
Faire fonctionner pendant des décennies un complexe accueillant jusqu’à 8 000 personnes en est une autre.
Police, gestion de la circulation, nettoyage des rues, signalisation, aménagements routiers, entretien accéléré des voiries, interventions de secours, gestion des déchets et éventuelles réparations sur l’espace public continueront à relever, au moins en partie, des services publics tant qu’une convention contraignante n’impose pas leur remboursement intégral par l’exploitant.
« Il paie le stade » ne signifie donc pas « il paiera tout »
Prenons simplement la police.
En Wallonie, les communes financent aujourd’hui près des deux tiers des dépenses des zones de police locale en moyenne. Et en juillet 2026, l’Union des Villes et Communes de Wallonie réclamait encore l’application d’un mécanisme permettant de facturer une partie des coûts policiers aux organisateurs de grands événements privés, notamment sportifs.
Le Plan national de sécurité reconnaît lui-même que la surveillance des événements footballistiques mobilise encore une capacité policière importante, au détriment d’autres missions de base auxquelles les citoyens ont droit.
Voilà pourquoi la réponse « Lhoist paiera puisqu’il finance son stade » ne tient pas.
Il finance son bâtiment. Cela ne garantit absolument pas qu’il financera toutes les charges que ce bâtiment fera supporter à la collectivité.
Même sans hausse visible des taxes, les habitants paieront
Il ne faut d’ailleurs pas attendre qu’une ligne intitulée « taxe stade » apparaisse sur l’avertissement-extrait de rôle pour comprendre qui paie.
Une commune dispose d’un budget global.
Si elle doit consacrer davantage d’argent à la police, au nettoyage, aux voiries ou aux aménagements rendus nécessaires par le stade, cet argent doit venir de quelque part.
Il reste alors trois possibilités : augmenter certaines recettes, diminuer des dépenses ailleurs ou reporter d’autres investissements.
Dans les trois cas, la population paie indirectement.
Une taxe qui augmente, c’est évident.
Mais une rue qui attend deux années supplémentaires avant d’être rénovée, un service communal auquel on accorde moins de moyens ou un autre investissement abandonné parce que le budget est absorbé ailleurs, c’est aussi le contribuable qui paie.
« Fonds privés » ne signifie donc pas « absence d’argent public ». Cela signifie seulement que le promoteur construit avec son argent ce qui lui appartient. Reste à savoir qui paiera tout ce qui se passera autour.
Le donnant-donnant doit être mis sur la table
On peut parfaitement comprendre la logique politique qui se dessine : le promoteur apporte un investissement, de l’activité économique, des visiteurs et des emplois ; en retour, la Ville facilite ou accompagne le fonctionnement du site.
Mais ce donnant-donnant doit être transparent et chiffré.
Combien le complexe rapportera-t-il réellement à Marche ?
Et combien coûteront chaque année la circulation, la police, le nettoyage, les voiries, les aménagements et les services supplémentaires ?
Sans ces deux colonnes mises côte à côte, annoncer seulement les « retombées économiques » ne veut rien dire.
Et l’accord avec IDELUX mérite lui aussi d’être regardé de très près
Le projet a d’ailleurs évolué de manière particulièrement intéressante.
En juin 2026, Nicolas Lhoist annonçait qu’un accord avec IDELUX permettait désormais d’utiliser une parcelle située de l’autre côté de la N4 pour y créer 1 165 places de parking ainsi que l’hôtel.
Or IDELUX indique noir sur blanc que, dans sa politique de mise à disposition de nouvelles parcelles économiques, elle veut intégrer des critères mesurables stricts, parmi lesquels figurent notamment l’emploi, l’impact sur le territoire et l’environnement.
Cela ne permet pas d’affirmer que l’hôtel et la brasserie ont été ajoutés uniquement pour obtenir le terrain IDELUX. Cette affirmation serait impossible à prouver aujourd’hui.
Mais cela rend parfaitement légitime une question beaucoup plus précise :
Quelles contreparties économiques ont exactement permis cet accord avec IDELUX, combien d’emplois sont promis et quelles obligations contractuelles accompagnent la mise à disposition de cette parcelle ?
Ce sont des informations que les citoyens sont en droit de connaître.
Et les « retombées pour les commerçants » deviennent beaucoup moins évidentes
C’est là qu’apparaît un autre paradoxe.
On présente volontiers l’arrivée de milliers de spectateurs comme une opportunité économique pour Marche : davantage de visiteurs signifieraient davantage de clients pour les cafés, restaurants, hôtels et commerces existants.
Mais le projet prévoit justement de garder une partie importante de cette consommation à l’intérieur du complexe lui-même : hôtel, brasserie, activités de loisirs, espaces événementiels et autres fonctions commerciales. Le promoteur expliquait lui-même vouloir multiplier les activités afin que le site fonctionne quotidiennement et pas seulement lors des matchs.
Dès lors, l’avantage promis aux commerçants marchois doit être fortement relativisé.
Le supporter pourra arriver au parking du complexe, assister au match, manger ou boire dans la brasserie du complexe, éventuellement dormir dans l’hôtel du complexe, puis repartir sans jamais dépenser un euro dans le centre de Marche.
Et cette nouvelle offre entrera directement en concurrence avec les hôtels, restaurants et cafés qui travaillent déjà à Marche.
Autrement dit :
les commerces existants pourraient subir une partie des nuisances du stade tout en voyant une partie des dépenses des visiteurs captée directement par les propres établissements du promoteur.
C’est très différent de l’image d’un stade qui ferait spontanément « travailler tout Marche ».
Somme-Leuze : la facture sans même les recettes
Et pour Somme-Leuze, l’équation est encore plus déséquilibrée.
Le complexe sera fiscalement implanté à Marche-en-Famenne.
Mais Waillet et le Clos Saint-Martin sont juste derrière la frontière communale.
Les voitures, le stationnement sauvage, les déchets, les détours de circulation, les interventions policières et les problèmes de voirie ne s’arrêteront évidemment pas devant le panneau “Somme-Leuze”.
Somme-Leuze pourra donc devoir consacrer des moyens à des nuisances générées par une infrastructure située sur une autre commune, sans percevoir directement les recettes attachées à l’hôtel, à la brasserie, au stade ou aux autres activités commerciales.
Marche pourra au moins mettre en balance certaines recettes et certains coûts.
Somme-Leuze risque surtout de recevoir les coûts.
Voilà la véritable question : qui paiera pendant 30 ans ?
Il faut donc sortir du slogan « tout est privé ».
Avant d’accepter ce projet, les habitants devraient disposer d’engagements écrits répondant à des questions très simples :
Qui paiera chaque heure supplémentaire de police ? Qui nettoiera les rues après les matchs ? Qui financera les aménagements routiers ? Qui remboursera Somme-Leuze pour les coûts qu’elle supportera ? Qui prendra en charge l’entretien supplémentaire des voiries ? Et ces engagements resteront-ils valables pendant toute la durée de vie du stade ?
Parce qu’une promesse faite avant un permis ne vaut pas une obligation contractuelle valable pendant trente ans.
Le promoteur peut parfaitement financer son stade sur fonds privés tout en faisant supporter une partie de son fonctionnement à la collectivité. Les deux affirmations ne sont absolument pas contradictoires.
Et c’est précisément là que se trouve le danger.
Les bénéfices pourront être privés. Les dépenses périphériques, elles, risquent d’être réparties entre tous.
Après avoir payé en tranquillité, en mobilité, en environnement et en qualité de vie, les Marchois et les habitants de Somme-Leuze ne doivent pas encore devenir les financeurs indirects d’un projet commercial qui n’est pas le leur.
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